Non à la suppression de l’avis conforme de la CRMS
Dans sa Déclaration de politique générale, le nouveau Gouvernement bruxellois annonce son intention de supprimer l’avis conforme de la Commission royale des monuments et des sites (CRMS).
Non à la suppression de l’avis conforme de la CRMS
Dans sa Déclaration de politique générale, le nouveau Gouvernement bruxellois annonce son intention de supprimer l’avis conforme de la Commission royale des monuments et des sites (CRMS). Si elle se confirme, cette décision constituerait un recul majeur pour la protection du patrimoine, dans une ville déjà soumise à une pression immobilière et à des transformations rapides de ses espaces publics.
Le Quartier des Arts rejoint les nombreux citoyens mobilisés pour défendre cette instance indépendante et pluridisciplinaire, composée d’experts en architecture, patrimoine et urbanisme.
Sa mission : veiller, dans l’intérêt général, à la conservation des biens classés ou inscrits sur la liste de sauvegarde.
Un garde-fou indispensable
L’avis conforme – contraignant – ne concerne que les travaux sur des biens protégés. Conçu pour éviter les dérives de la « bruxellisation », il permet d’imposer des conditions strictes ou de refuser des projets aux impacts irréversibles. Sans lui, des lieux emblématiques comme le Bois de la Cambre, le Palais des Beaux-Arts, la Place Royale, le Sablon ou Tour & Taxis auraient pu être profondément altérés.
Loin d’être un luxe bureaucratique, cet avis garantit que l’expertise indépendante prime sur les intérêts particuliers lorsque le patrimoine commun est en jeu.
Un contexte : pression immobilière et réaménagement des espaces publics historiques
La pression ne s’exerce pas uniquement sur les immeubles classés. Les espaces publics historiques — places, squares, perspectives urbaines — font aujourd’hui l’objet de réaménagements lourds, parfois justifiés par des impératifs climatiques ou fonctionnels, mais qui peuvent conduire à la disparition d’éléments patrimoniaux, d’aménagements paysagers ou d’œuvres intégrées au tissu urbain (voir saga de la place de la Maturité).
Dans un contexte où la densification et la rentabilité guident de nombreux projets, la tentation est grande de privilégier des opérations de démolition-reconstruction ; et pour l’espace public, des opérations « tabula rasa » au détriment d’approches respectueuses de l’existant. La CRMS joue précisément un rôle d’équilibre : elle veille à ce que la transition écologique et l’évolution des usages ne se fassent pas au prix d’une perte irréversible d’identité urbaine.
Un prétexte contestable
La suppression de l’avis conforme est présentée comme un moyen d’accélérer les procédures d’urbanisme, notamment pour faciliter les projets d’aménagement d’espaces publics. Or les délais de la CRMS sont déjà intégrés dans l’instruction des permis et, à défaut de réponse dans les temps, l’avis est réputé favorable. Un mécanisme de recours auprès du Gouvernement existe en outre.
Les biens protégés ne représentent que 2 à 3 % du bâti bruxellois : leur encadrement ne bloque pas le développement de la ville. En réalité, l’avis conforme impose surtout d’intégrer en amont les exigences patrimoniales dans les projets, y compris pour les espaces publics sensibles. Le supprimer reviendrait à affaiblir ce cadre au moment même où les interventions sur le cœur historique et ses places se multiplient.
Un enjeu démocratique et économique
Confier la protection du patrimoine à une administration placée sous tutelle politique brouillerait la frontière entre expertise indépendante et décision gouvernementale. Le Conseil d’État a d’ailleurs évoqué un « recul sensible de la protection patrimoniale ».
Dans une ville largement tournée vers les services et le tourisme culturel, le patrimoine architectural et la qualité des espaces publics constituent un atout économique structurel. Ils participent à l’attractivité internationale de Bruxelles et soutiennent l’activité locale, notamment dans l’Horeca.
Ne pas répéter les erreurs du passé
Les cicatrices laissées par les grandes démolitions du XXe siècle — de la Maison du Peuple au quartier Léopold — rappellent le coût durable de décisions prises sans garde-fou suffisant.
Avec d’autres associations et citoyens attachés au patrimoine bruxellois, le Quartier des Arts appelle le Gouvernement bruxellois à renoncer à cette suppression et à préserver l’indépendance de la CRMS, garante du caractère et de la mémoire de Bruxelles (liste des signataires).
Signez la pétition (lien ci-dessous)
